Bataclan

5 juillet 2000 : mon premier concert à Paris. Louise Attaque. Au Bataclan.
Depuis, bien d’autres concerts vus dans cette salle, Blur, Frank Black, Belle And Sebastian, Godspeed You! Black Emperor, et tant d’autres. Tant de beaux moments. Tant de discussions avec mes voisins, tous ces écumeurs que j’adore croiser à chaque fois que je sors. Tant de rires, tant de débats interrompus quand les lumières s’éteignent et que le groupe entre sur scène.
Les salles de concerts sont mes églises, mes temples. Et on ne vient pas dans une église pour y mourir.
13 novembre 2015 : ce soir des frères et des soeurs de cette religion particulière sont morts d’avoir été à un concert. C’est absurde. Irréel.

Déjà demain commence à arriver.

Demain il faudra regarder cette absurdité en face. Panser nos blessés, enterrer nos morts, embrasser nos vivants.

Demain il faudra se souvenir de valeurs que beaucoup voudront piétiner en nous vendant une illusoire sécurité.

Demain il ne faudra accepter aucun amalgame, aucune insinuation, aucune injonction faite aux musulmans de se désolidariser. Appeler à se désolidariser c’est affirmer qu’ils sont par défaut solidaires de cette horreur. Ne tombons pas dans ce piège.

Demain il faudra se rappeler la part de responsabilité que nous avons nous aussi, en tant que société. À chaque fois qu’un policier fait un contrôle au faciès, à chaque fois qu’un bailleur refuse de louer un appartement à Mohamed ou Saliha, à chaque fois qu’un jeune comprend que son avenir est bouché par le simple fait d’être né dans un quartier de banlieue nous envoyons de nouvelles recrues à Daesh. Tous les contrôles au frontières ne serviront à rien tant que nous ne regarderons pas en face le racisme qui pourrit notre société de l’intérieur, et que nous n’agirons pas.

Demain, enfin, il faudra retourner dans les salles de concerts. Dans les clubs. Dans les bars. Il est probables que la plupart des concerts soient annulés ces prochaines semaines, et c’est bien normal. Mais quand ils reprendront, soyons là. En masse. Pour nous, et pour tous ceux qui ne pourront plus y être.

– Vincent Maston

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *