Mes écumeurs

Il y a eu tant de tristesse, tant de larmes. Il y en aura encore, ainsi que des raisons toutes meilleures les unes que les autres de résister, de battre le pavé contre les salauds qui sèment la mort, et contre les salauds qui en profiteront pour passer des lois liberticides, encourager les discriminations, flatter les bas instincts guerriers et revanchards, fermer la porte à ceux qui fuient la barbarie à laquelle nous avons été confrontés.

Il y aura encore de la colère, des batailles à mener. Mais aujourd’hui, je vais être égoïste, et vous le dire honnêtement : je suis heureux.

Heureux car mes amis écumeurs, ces fous que je croise à tous les concerts, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente, sont sains et saufs.

Gilles, tu étais au premier rang, comme tous les soirs. Je serai ravi de te revoir dans la file d’attente d’une salle, arrivé comme toujours si tôt. Je suis heureux de savoir que nous pourrons encore bien des fois nous demander quel est le meilleur album d’Arcade Fire (tu diras encore que c’est The Suburbs, mais il est bien trop long !)

Cédric, je peux bien te le dire, c’est toujours un plaisir de te croiser. Tu as toujours ce sourire vissé aux lèvres, ce recul dont nous manquons souvent. Merci d’avoir couru.

Philippe, on se connaît moins, c’est vrai, mais les quelques conversations que nous avons me rappellent toujours qu’on peut rester fan de rock jusqu’à un certain âge et toujours être dans le présent. Quand je m’imagine dans quelques années, à un concert, je me dis que si je suis comme toi je serai comblé.

Et tous les autres, ceux qui n’étaient pas à ce concert d’Eagles Of Death Metal. Laurent, Jean-Marc, Vio, Sylvie, Benoît, Cathi, Philippe, Philippe, Olivia, Cathy, Nicolas, et j’en oublie, je suis désolé mais comment ne pourrais-je pas en oublier. Nous sommes si nombreux, nous passons tant de temps à nous présenter les uns aux autres, à tisser les liens étroits de cette étrange et belle famille. Nous aimons tant nous croiser, voir celui qu’on n’avait pas vu depuis quelques mois, nous poser toujours cette question toute simple : « et toi, tu vas voir quoi ces jours ci ? »

Un d’entre nous est mort. Je ne connaissais pas Thomas, mais je pleure les discussions que nous aurions pu avoir. Tôt ou tard un ami nous aurait présentés. Nous étions de la même famille après tout. Je pleure aussi tous ceux qui nous auraient rejoint, mais que nous n’aurons jamais le plaisir et le privilège de rencontrer.

Et à ceux qui sont toujours en vie, à très bientôt, dans une file d’attente, à un premier rang, devant une bière. À très bientôt mes amis. A très bientôt ma famille.

– Vincent Maston

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *