Mes écumeurs

Il y a eu tant de tristesse, tant de larmes. Il y en aura encore, ainsi que des raisons toutes meilleures les unes que les autres de résister, de battre le pavé contre les salauds qui sèment la mort, et contre les salauds qui en profiteront pour passer des lois liberticides, encourager les discriminations, flatter les bas instincts guerriers et revanchards, fermer la porte à ceux qui fuient la barbarie à laquelle nous avons été confrontés.

Il y aura encore de la colère, des batailles à mener. Mais aujourd’hui, je vais être égoïste, et vous le dire honnêtement : je suis heureux. Continuer la lecture

Bataclan

5 juillet 2000 : mon premier concert à Paris. Louise Attaque. Au Bataclan.
Depuis, bien d’autres concerts vus dans cette salle, Blur, Frank Black, Belle And Sebastian, Godspeed You! Black Emperor, et tant d’autres. Tant de beaux moments. Tant de discussions avec mes voisins, tous ces écumeurs que j’adore croiser à chaque fois que je sors. Tant de rires, tant de débats interrompus quand les lumières s’éteignent et que le groupe entre sur scène.
Les salles de concerts sont mes églises, mes temples. Et on ne vient pas dans une église pour y mourir.
13 novembre 2015 : ce soir des frères et des soeurs de cette religion particulière sont morts d’avoir été à un concert. C’est absurde. Irréel.

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Colin Stetson & Sarah Neufeld, Liturgy, Furtherset – 03/11/2015, La Maroquinerie, Paris

Une soirée très éclectique et d’une rare générosité.

  • Wolf Parade - 18/09/2010

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Génération X (ou autre chose) – Bruit Noir, Perio, Françoiz Breut & Michel Cloup Duo – 22/10/2015 – Canal 93, Bobigny

La fin en apothéose d’une très belle résidence, dans une salle hélas menacée.

  • The Flaming Lips - 15/08/2010
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Un nouvel exemple de la folie du copyright : Le Journal d’Anne Frank privé de domaine public

Encore une fois des ayant-droits font usage d’une vision étriquée des règles légales pour imposer leur vision de la création, une vision purement économique. C’est d’autant plus pitoyable quand l’œuvre ainsi bridée est aussi importante que Le Journal d’Anne Frank.
Dans son très beau billet, Olivier Ertzscheid en parle bien mieux que je saurais le faire, je me permets donc de copier son texte diffusé sous licence Creative Commons, et comme lui je commet volontiers cet acte aussi naturel qu’illégal : libérer le journal d’Anne Frank. Pour ce faire je l’héberge ici au format epub : Journal d’Anne Frank

Très chère Anne,

Comme une immensité de collégiens et de lycéens j’ai d’abord découvert ton journal en cours de français à l’âge où tu mourrais dans un camp de concentration. Te voilà depuis des décennies régulièrement inscrite dans les programmes scolaires. La première fois que l’on lit ton journal (en tout cas la première fois que je l’ai lu), il s’agit presque d’un texte comme les autres, un texte du « programme », qu’il faut lire « pour le cours de français ». Alors on le lit. Plus ou moins attentivement. Et quelque chose en nous change. Oh bien sûr on ne s’en aperçoit pas immédiatement. On ne le comprendra que plus tard. Lorsque avec quelques années de plus nous serons de nouveau confrontés à ton texte. A ton récit. A ton journal. Au souvenir de cette lecture. Lorsque nous en saisirons toute la force, ce récit ordinaire d’un tragique extra-ordinaire, ce récit d’une très jeune femme, conduite à la mort par la folie des hommes. Morte en 1945.

Une jeune femme dont le récit à permis à des milliers d’élèves, qui deviendront des milliers de citoyens de grandir, tout simplement. De s’élever.

Très chère Anne, ton journal, comme toute autre oeuvre littéraire devait lui aussi s’élever dans le domaine public l’année prochaine, en 2016, soixante-dix ans après la mort de son auteur, soixante-dix ans après ta mort. L’entrée d’une oeuvre dans le domaine public est toujours, toujours, une chance. Parce qu’à compter de ce jour il ne s’agit plus simplement d’une oeuvre mais d’une part de notre mémoire et de notre histoire collective. Mais je te parle de mémoire, à toi, très chère Anne, voilà qui doit te faire sourire. Qui mieux que toi sait à quel point la mémoire est importante. A quel point elle est un devoir. Ce devoir de mémoire. Qui mieux que toi y a contribué, au sacrifice de sa vie.

Très chère Anne, je viens d’apprendre que ton éditeur et les gens qui gèrent ton oeuvre, le « fonds Anne Franck »,s’opposaient à l’entrée de ton journal dans le domaine public l’année prochaine. Ils ont, chère Anne, toute une série d’arguments juridiques et légaux, qui semblent juridiquement et légalement indiscutables. Il faudra donc attendre. Attendre encore 50 ou peut-être même 70 ans après ce qu’ils considèrent comme la « première » édition de ton journal, qui d’après eux remonte à 1980. Tu imagines un peu Anne ? Ton journal n’entrerait dans le domaine public qu’en 2030, voire en 2050. Plus d’un siècle après ta mort dans ce camp.

Attendre un siècle après la mort d’une jeune femme juive de 16 ans dans un camp de concentration pour que son témoignage, son journal, son oeuvre, puisse entrer dans le domaine public.

Qui sont-ils Anne pour s’opposer ainsi à l’entrée de ton journal dans le domaine public ? Le fait que tu sois morte depuis 70 ans ne leur suffit donc pas à ces éditeurs et à ces gestionnaires de droits ? De quels « droits d’auteur » veulent-ils maintenir la rente après avoir déjà vendu plus de 30 millions d’exemplaires de ton journal ? A qui bénéficient ces droits ? Aux enfants que tu n’as pas eu ?

Anne, très chère Anne, je t’écris cette lettre pour te demander la permission de ne pas attendre 2050. A la fin de ce message, je mettrai en ligne ton journal. En faisant cela j’accomplirai un acte illégal. Il est probable que « ton » éditeur ou que ceux qui se disent gestionnaires du fonds qui porte ton nom, il est probable qu’ils m’envoient leurs avocats, me somment de retirer ce texte, me condamnent à payer une amende.

Je m’en moque Anne. Car le temps qu’ils le fassent, ce texte, ton texte, ton journal aura déjà été copié par des centaines de gens, qui à leur tour, je veux le croire, le mettront alors également en ligne.

Je sais que tu ne m’en voudras pas. Il ne me faut aucun courage pour le faire. En le faisant je n’entre pas en résistance. Je ne prends d’autre risque que celui d’offrir à ton texte, quelques mois avant le délai légal de 70 ans, un peu de lumière.

Il y a ce texte, ton texte Anne. Après ces années de cave, d’obscurité, cette obscurité si pesante dans ton journal, il est temps que tu retrouves ta place. Et puisque le domaine public t’es refusé, puissions-nous collectivement avoir l’intelligence de t’offrir enfin la lumière que tu mérites, celle que ton journal mérite, celle de l’espace public.

Bienvenue dans la lumière, chère Anne.

Dimanche 13 décembre 1942.
« Chère Kitty,
Je suis confortablement installée dans le bureau de devant, et je peux regarder dehors par la fente de l’épais rideau. Bien que dans la pénombre, j’ai encore assez de lumière pour t’écrire. »

Extrait de: Anne Frank. « Le Journal d’Anne Frank. »

Voici les 2 liens pour télécharger le fichier, au format epub, dans deux éditions différentes :

 

Nota-Bene : les versions diffusées ici le sont donc illégalement. Parce que je juge cette « illégalité » crapuleuse, et me tiens prêt à en assumer les conséquences. Je m’excuse en revanche auprès des traducteurs du journal d’Anne Franck, Ph. Noble et Isabelle Rosselin-Bobulesco, leurs droits d’auteur à eux, sont parfaitement justifiés mais diffuser la version néerlandaise originale n’aurait guère eu de sens.