Que suis-je ?

noirJe ne ferai pas l’insulte à Charlie de prétendre être Charlie. Je ne ferai pas l’insulte aux musulmans de prétendre être musulman.

J’ai aimé Charlie Hebdo, passionnément. Ce sont eux, ces dessinateurs, ces journalistes, tous ces collaborateurs, qui ont participé à forger ma conscience politique. Tant de questions sur lesquelles ils m’ont accompagné, guidé, poussé à me faire mes propres opinions. Et pourtant ces dernières années j’étais fâché avec Charlie Hebdo. Passionnément là aussi, comme on ne peut l’être qu’avec ceux que l’on a vraiment aimés. Leur ligne éditoriale me blessait. Les critiques répétées contre les musulmans, des dessins à la limite de l’homophobie, je ne me reconnaissais plus dans ce journal qui m’avait tant apporté. J’étais fâché avec Charlie, toujours avec l’espoir que nous puissions un jour nous réconcilier, mais j’étais fâché, et malgré mes larmes je le suis encore.
Je ne suis pas musulman, pas plus que je ne suis chrétien ou juif. Je ne crois en aucun dieu et je soutiens totalement le droit à blasphémer, à injurier toute divinité que ce soit, sans pour autant que cela donne le droit d’injurier les croyants.

Hier, aujourd’hui, je pleure. Je pleure pour les dessinateurs, journalistes, agents d’entretiens et policiers morts pendant l’attaque. Je pleure pour tous les musulmans et pour toutes les personnes dont l’apparence pourra faire croire à quelques imbéciles qu’ils le sont. J’espère me tromper, mais je crois que les semaines, mois, années qui viennent vont être pour eux particulièrement horribles. J’espère tellement me tromper.

Je pleure, mais je n’en oublie pas pour autant d’être en colère.

En colère contre les terroristes, bien sûr. Contre les terroristes qui ont été abattre douze personnes, mais également contre les terroristes qui ont balancé une grenade vers une mosquée du Mans ou ceux qui ont tiré sur une voiture appartenant à une famille musulmane. Ne croyez pas une seule seconde que vous valez mieux que les assassins de Charlie Hebdo. Qui que vous soyez vous êtes exactement le même type d’ordures.
En colère contre ceux qui ont commencé, à peine les corps tombés au sol, à insinuer qu’ils l’avaient un peu cherché, qu’ils avaient une responsabilité dans le sort qui venait de s’abattre sur eux. Il existe bien des manières de protester à ce qu’a publié un journal : droit de réponse, appel au boycott, procès, le choix est large. Mais le meurtre ? Comment pouvez-vous penser que quelque texte, dessin, photo que ce soit puisse justifier un meurtre ? Comment osez-vous faire porter la moindre responsabilité de cet acte odieux à ces victimes ? On peut être en désaccord avec Charlie Hebdo. Comme je le disais plus haut, je le suis personnellement. Mais personne ne peut dire ou faire quoi que ce soit qui justifie qu’il en meure. Jamais. Croire le contraire fait de vous des ennemis.
En colère, enfin, contre tous ceux qui appellent les musulmans à se désolidariser des attentats. Quelle injonction effroyable. Appeler une personne à se désolidariser d’un acte, c’est considérer qu’elle en est par défaut complice. De quel droit accusez-vous toute une communauté de ces meurtres insensés ? De quel droit vous autorisez-vous à penser qu’une personne simplement pour ces croyances religieuses, serait en accord avec des meurtres ? L’intervention d’Ivan Rioufol est en ce sens d’une rare ignominie. Lui et tous ceux qui font ce raccourci sordide sont également des ennemis.

Alors que suis-je ? Je ne suis pas Charlie. Je ne suis pas musulman. Je suis seulement en larmes et en colère.

Et comme dit un chanteur que j’estime dans un morceau qui résonne particulièrement avec les événements de ces deux derniers jours, la colère est le meilleur carburant. Ne l’oublions pas.

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