Un enfant sur la plage.

Mes enfants dorment. Dans leur lit superposé, doucement, ils respirent.

Quand on devient parent on a souvent au début le besoin d’aller écouter la respiration de son enfant. On ne réalise pas encore tout à fait le miracle qu’on a contribué à créer : une vie, une nouvelle vie. Alors on vérifie, on écoute le souffle de ce bébé encore si fragile. On tend l’oreille, on se rassure, on guette cette preuve de vie.
Puis le temps passe, on s’habitue à cette présence, à cette petite vie. Avec les mois, puis les années, on arrête de rentrer dans sa chambre sans le réveiller, simplement pour l’écouter être vivant.

Ce soir, pour la première fois depuis des années, je suis retourné dans la chambre de mes fils. Ils respirent. Ils sont vivants. Ils se réveilleront demain matin, me demanderont de préparer leur petit déjeuner. Je les amènerai à l’école. Ils sont vivants.

J’ai vu quelques minutes auparavant la photo d’un enfant. Un enfant mort, noyé, échoué sur la plage d’un pays qu’il n’a jamais connu de son vivant. Un enfant de l’âge de mon plus jeune fils.

Cette photo, peut-être l’avez vous vue aussi. Je suis navré si c’est le cas. Si vous avez la chance de ne pas l’avoir vue, je vous en prie, ne la cherchez pas. Nul enfant ne devrait laisser dans les esprits l’image d’un cadavre.

Cet enfant est mort de notre égoïsme. Notre monstrueux égoïsme. Il est mort, comme bien d’autres enfants avant lui,  parce que nous préférons nous cacher derrière des palissades, des barbelés, des mers, plutôt que l’aider à fuir un pays où la guerre fait rage.

Il n’est plus possible de dire que nous ne savons pas. Nous savons. Nous savons depuis des années et choisissons chaque jour d’oublier.
Il n’est plus temps de prétendre être triste du sort de ses enfants si nous ne faisons rien pour qu’ils ne meurent pas dans une mer froide, tellement seuls pour leurs derniers instants.

Il est plus que temps de les accueillir à bras ouverts, de leur dire de venir, que nous les protégerons.
Il est plus que temps de permettre aux réfugiés déjà présent de vivre une vie normale, ni plus simple ni plus dure que celle que nous vivons nous.
Et il est plus que temps d’ouvrir les frontières. Ces frontières sont l’arme que nous utilisons, tous autant que nous sommes, pour assassiner ces enfants.
Il est plus que temps d’aller chercher ceux qui souhaitent s’enfuir de Syrie ou d’ailleurs, de ne pas attendre qu’ils risquent leur vie sur des embarcations de fortune.

Ce sera compliqué ? Certainement.
Coûteux ? Assurément.

Mais la seule alternative est de continuer à laisser mourir ces enfants, à les laisser se noyer simplement pour ne pas dépenser d’argent, pour ne pas se compliquer la vie. La seule alternative est d’être encore et toujours les meurtriers de ces enfants.

Mes enfants sont vivants. De quel droit ne laissons nous pas tous ces autres enfants être vivants, eux aussi ?

***

Mise à jour : comment agir ?

Il est bien beau de s’indigner, de pleurer pour ces enfants. Il est plus important d’agir. Voici donc deux liens pour cela, n’hésitez pas à laisser un commentaire si vous connaissez d’autres associations qui aident ces réfugiés et ont besoin d’aide.

Médecins Sans Frontières a plusieurs bateaux qui sillonnent la méditerranée pour sauver les réfugiés de la noyade. Vous pouvez donner ici : https://soutenir.msf.fr/b/mon-don
Votre don est défiscalisé à hauteur de 75%, prenez ceci en compte quand vous choisirez le montant.

Manifestation samedi 5 septembre à 17h : cette manifestation se tiendra à Paris et Vannes, mais il est probable que d’autres villes s’y joignent d’ici samedi. Toutes les informations sur l’événement Facebook : https://www.facebook.com/events/115934458759304/

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